Alger la Blanche

Adoption des enfants de Boumerdès : Les enfants d’un 1er juin sinistré

Une enfance à peine sortie de son monde pour être jetée dans celui d’adultes en éternel combat avec la survie. Pour leur offrir une compensation à une douleur éternelle mais pas impossible à oublier, des élans de générosité venus du cœur, d’Algérie et d’ailleurs. Des foyers d’accueil que des familles proposent d’ouvrir aux orphelins et aux abandonnés du fait du séisme. Pour une éventuelle adoption?

L’AAEFAB invite à une prise en charge de ces victimes rescapées au sein de ses structures. Le ministère étudie la faisabilité de ces adoptions en série dans un intermède d’enquête et de placement dans des structures étatiques. Une Journée internationale de l’enfance, inodore, incolore… Regard sur les restes d’innocence à fleur de bourgeon Sans parfum cette année le 1er juin !… Autour de cette date anniversaire qui fête l’année internationale de l’enfance, une odeur repoussante de la mort, de fin du monde.

Rien n’est venu, en effet, annoncer cette célébration qui honore chaque année les enfants dans le monde et tout autant chez nous. C’est que l’enfance autour de nous, dans d’autres circonstances que festives, est sous les feux des projecteurs. Malgré elle. Avant et un peu plus d’une semaine après le séisme du 21 mai dernier. Un printemps qui s’achève prématurément pour cette catégorie de la population déjà bien vulnérable avec toutes les catastrophes naturelles ou pas qui se sont succédé depuis l’avènement de l’an 2000 dans un chapelet de malédictions, une fatalité imposée derechef pour le citoyen qu’une décennie de violence terroriste, et qui n’en finit pas de s’étaler dans le temps et dans l’espace, a fini d’achever depuis longtemps. Alors un autre drame et qui, de surcroît, ressemble, à s’y méprendre, aux précédents… C’est qu’à la souffrance, on a fini par s’y faire mais la douleur ne saurait être dépassée, quand elles n’ont même pas le temps d’être enterrées à force de les subir en cortèges interminables.

La lassitude vient alors à bout de l’attente d’un espoir qui n’a pas le temps de bourgeonner qu’il est happé par la faucheuse, infatigable, insatiable. Et les enfants sont de ce lot d’épreuves. Encore une. Dont ils sont le cœur et l’essence d’une tragédie qui en entraîne d’autres.Car depuis le 21 mai dernier, en une fraction de seconde, des dizaines d’enfants sont privés de tout. D’une famille, d’un soutien, d’une racine. Des X Algériens emplissent des listes dans les hôpitaux où ont été admis des enfants, dont la seule identification sur cette feuille blanche emplie de rescapés blessés est l’âge. Peut-être approximatif. Parce que, souvent, le choc a vidé la mémoire de tout repère jusqu’au nom. Plus jeunes, les enfants sans papiers se retrouvent des inconnus éjectés par la colère de la terre dans cet inconnu, qui sait, à vie ? Des enfants agglutinés sous l’œil rouge de la caméra de la télévision dans des tentes, étrangers les uns aux autres. Des regards hagards, perdus ; des yeux sans expression, presque froids ; l’œil larmoyant, distant, résigné. Des psychologues et des pédopsychiatres tentent une incursion dans ces peines singulières et plurielles à la fois. On sourit dans un rictus, vite renvoyé à des souvenirs confus, qui s’entremêlent dans un enchevêtrement difficile à dénouer devant ce toit en toile vert kaki, face à ces multiples allées et venues qui provoquent un autre vertige pareil à celui du tremblement du sol qui continue de s’échapper sous les pieds.

Les larmes refusent de couler et on n’en a plus d’ailleurs. On ne comprend pas ce qui est advenu. On ne se pose pas de questions. Et on ne répond pas non plus quand on essaye de fureter dans cette tête qui s’obstine à ne regarder qu’autour de soi sans faire d’efforts. Des filles et des garçons qui regardent sans voir. Un répondant superficiel à cette chanson patriotique qui, bizarrement, fait retentir le refrain sans peine aucune. Comme une réaction machinale qui suit la trajectoire de cette survie automatique commandée par cette incursion d’adultes qui veulent faire chanter des gamins égarés au milieu d’amas de béton et de parpaing, dans lesquels sont peut-être coincés à jamais père et mère, frères et sœurs.Un monde irréel presque. Qui fait tournoyer des visages sans nom, des éclats de rires excessifs, des silences de marbre… A Boumerdès ou ailleurs, sur cette terre qui a vomi à force d’indigestions saccadées, des enfants sans famille forcent la solidarité d’ici et d’outre-mer. Ils ont déjà par des sollicitations inépuisables des foyers d’accueil pour leur réapprendre à vivre sans les leurs, sans leurs parents, sans leur vie d’il fut un temps. Des appels, des écrits et des propositions se croisent par le biais de journaux, de la télévision, des chaînes radio. Des demandes spontanées dans des élans généreux d’adoption et des dons de soi pour des enfants que la vie ne peut, le restant de leur existence, abandonner.En ce 1er juin 2003, les ballons, les guirlandes colorées, la musique, les confiseries, les spectacles de détente n’ont pas droit de cité. La pensée furtive et pudique ne se hasarde pas en ces circonstances bien douloureuses à rappeler à la fête quand les lampions de l’innocence même se sont évanouis dans les foyers familiaux avec les pannes d’électricité engendrées par le tremblement de terre.A l’Association algérienne enfance et familles bénévoles (AAEFAB), son président, M. Tidafi, qui ne peut être loin, comme à chaque circonstance, bonne ou mauvaise, de cet événement lié aux enfants, a annulé les festivités liées au 1er juin. Dans ses structures d’accueil, les pouponnières de Hadjout et de Palm Beach qui accueillent annuellement des enfants privés de famille, l’heure n’est pas à la célébration.

D’ailleurs, le rendez-vous annuel du parc d’attractions au profit de tous les enfants est annulé. Une correspondance du premier responsable de cette association, qui a 20 ans d’âge bien remplis, a, dans un réflexe professionnel, proposé au ministère de l’Emploi et de la Solidarité d’ouvrir ses structures à une trentaine d’enfants abandonnés ou orphelins pour cause du séisme. La capacité d’accueil de l’AAEFAB avec une prise en charge totale en attendant de pouvoir leur trouver un foyer d’accueil comme c’est déjà l’usage et la tradition de la maison TIDAFI. Une suggestion retenue par le ministère qui a déjà, en répercussion à cet écho salvateur pour les enfants, décidé d’envoyer une instruction aux DAS (direction de l’action sociale) pour accueillir dans un premier temps cette jeune population dans les structures étatiques. Un intervalle qui permettra de statuer juridiquement sur la situation de l’enfant en attendant son placement, d’enquêter sur son état nouveau d’orphelin ou d’abandonné par les effets du séisme, de déterminer s’il a encore de la famille, la plus élargie qui soit. Des précautions pour éviter, une fois l’adoption faite, qu’il y ait un parent qui vienne un jour réclamer un droit de garde. Hier, au ministère, la cellule de crise, présidée par le DAS, le Dr Bouchenak, a réuni les cadres de ces directions pour étudier ce dossier et sa prise en charge effective.

L’AAEFAB qui a, par ricochet, reçu un accord de principe s’apprête d’ores et déjà à s’impliquer dans cette opération avec l’ouverture de ses 24 chambres pour enfants et tout le personnel adéquat. Une initiative de longue haleine, pour succéder à ce geste hautement symbolique de Algérie Poste qui, par le biais de ses facteurs, leur a fait retirer de leur sacoche non plus du courrier mais des jouets pour les enfants sur le site sinistré de Boumerdès. En fait de fête, on n’est finalement pas passé à côté, même si d’ambiance il n’y avait point. Le geste de l’entraide et de l’abnégation aura marqué cette célébration empreinte de sollicitude et de don sans compter, sans contrepartie. Et là est finalement l’essentiel. Eternels solidarité et don de soi. Sous toutes ses formes et couleurs. Le reste, en paillettes et confettis, n’est que farniente d’un jour. Source : latribune-online.com


A la Une
Algérie
Monde
Economie
Culture
Sports
Sciences
Informatique
Alger
Blida
Boumerdès
Tipaza