Alger la Blanche

Alger la blanche

Un bref aperçu historique nous permet de faire une lecture plus objective de l'évolution urbaine et sociale de notre capitale Alger la Blanche, que bon nombre de poètes, d'écrivains, d'architectes, , de peintres et d'hommes de l'art d'envergure nationale et internationale ont tellement chantée, magnifiée, peint ou même redessinée le Corbusier notamment avec son utopique plan d'urbanisme et qui se trouve aujourd'hui dans un état de décrépitude avancé et surtout caractérisé par une laideur cauchemardesque.

Que s'est-il réellement passé ? Cette situation qui interpelle les consciences nous met chacun en face de nos responsabilités. Sans entrer trop dans le détail, il serait honnête de faire remarquer que notre ville n'a pas été gérée comme il se doit. Sa gestion a été laissée de manière consciente ou inconsciente au gré des intérêts et des groupes de pression qui, au lieu de la servir, se sont plutôt servis d'elle pour se constituer des rentes considérables sur le dos bien entendu du citoyen. Un simple aperçu du niveau culturel, d'instruction et surtout de compétences des personnes ayant eu la charge de gérer le développement de la ville nous donne toute la mesure du désastre prévisionnel que les experts avaient prévu dès le début des années 80.

Cet état de fait que la presse a heureusement relevé met le doigt sur le fait que des populations qui habitent encore depuis plus de trente ans dans des bidonvilles ou dans des tissus historiques précaires espèrent toujours être relogées un jour, malgré les importants programmes de logements sociaux réalisés par l'Etat. Ces programmes, comme chacun le sait, sont souvent détournés par ces mêmes groupes de pression à des fins spéculatives au détriment bien entendu de la collectivité, et tout particulièrement de ceux auxquels ils s'adressent.

Sur un autre volet, la qualité architecturale et urbaine des programmes publics et privés, réalisés ou en cours de réalisation, dénote le niveau de désordre et d'incompétence avérée d'une administration incapable d'inscrire son action dans la durabilité, et surtout dans la légalité républicaine. Les convulsions périodiques de cette administration, qui ne peuvent en aucun cas être assimilées à une prise de conscience et qui se sont matérialisées par de multitudes opérations de « débidonvillisation », de démolitions de constructions illicites etc., révèlent le malaise profond qui ronge nos institutions. Parmi ces actions, nous pouvons citer l'opération de lutte contre les constructions illicites engagée en 1986 et qui s'est soldée par un échec cuisant qui a coûté au Trésor public des sommes colossales au titre des indemnisations.

Une analyse approfondie nous permet d'affirmer sans risque de nous tromper que la situation inextricable à laquelle est arrivée la capitale et les multiples maux sociaux qu'elle génère sont le fait, d'une part, de la corruption, du laxisme, du despotisme et du népotisme qui régentent les actions des services publics ayant eu la charge de promouvoir la capitale, et, d'autre part, l'exclusion de manière insidieuse des hommes de l'art de cette problématique.

Ceci a eu pour corollaire la multiplicité des centres de décision qui s'approprient des territoires ou des portions de territoire de la ville sur lesquels ils exercent sans aucun contrôle - ni a priori ni a posteriori - des pouvoirs de gestion.

Dans ce cadre, certains élus délivrent à leur bon gré des titres administratifs d'affectations de terrain et des autorisations de construire en violation de la législation et de la réglementation en vigueur. « Certains directeurs » d'office de promotion et de gestion immobilière s'arrogent également le droit d'édifier des programmes de logements en contradiction avec les règles d' urbanisme et d'architecture , ainsi que la transformation de ces programmes sans aucun contrôle de la tutelle ni des autorités concernées.

Dans ce cadre, un cas mérite d'être relevé ; un programme de logement social réalisé entièrement sur le fonds du Trésor public a été purement et simplement transformé en promotionnel et cédé à un prix qui défie toute logique commerciale et ce, avec la complicité directe des ex-gestionnaires du gouvernorat du Grand-Alger, à la grande déception des citoyens de La Casbah auxquels il était destiné. Malheureusement ces cas sont devenus aujourd'hui légion non seulement au niveau de la capitale, mais sur tout le territoire national.

Sur un autre volet, l'exclusion des hommes de l'art à travers une multitude de formules plus ou moins régulières (appel d'offres entaché d'irrégularités, procédure de sélection, opaques, rémunération fluctuante voire scabreuse, utilisation des dispositions désuètes de l'arrêté interministériel datant de 1988, etc.) n'a pas permis l'émergence d'une qualité architecturale et urbaine souhaitable. Au-delà de cet aspect qualitatif, il est à signaler que cette méthode d'exclusion a favorisé l'émergence de pratiques douteuses, notamment en ce qui concerne la généralisation des formes de corruption et surtout la dépréciation de l'acte de bâtir.

Le maître d'œuvre qui, sous d'autres cieux est l'unique responsable dans un partage clair et précis des fonctions garant de la qualité de la construction et des aménagements, se retrouve chez nous relégué à un simple faire-valoir d'une administration dont les intérêts sont souvent en opposition avec ceux de la collectivité. En effet, les nombreuses malfaçons constatées tout particulièrement au niveau des programmes publics sont le résultat de ce marasme dans lequel se débat le secteur de la construction. L'absence de contrôle qui échoit au maître d'œuvre a favorisé la floraison d'entreprises sans aucune qualification qui règnent en maître absolu sur ce secteur et ce, grâce aux multiples dividendes qu'elles versent à certains maîtres d'ouvrage.

Cette situation a exclu au même titre que les maîtres d'œuvre les entreprises qualifiées, dont la compétence est avérée. Le secteur de la construction qui demeure un secteur-clé pour les pays émergeants eu égard à son dynamisme et aux possibilités de création d'emplois qualifiants, dans notre pays malheureusement se caractérise par une anarchie qui n'a pas son pareil ailleurs. Ceci nous amène à dire qu'il est grand temps de revoir les politiques de gestion de la capitale développées à ce jour.

Les nouvelles autorités de la wilaya d'Alger, malgré leurs engagements affichés à maintes reprises à créer et à mettre en place un nouveau cadre organisationnel, l'évolution et la gestion de la capitale ont sans aucun doute rencontré beaucoup de difficultés eu égard à l'accumulation considérable des problèmes légués par les autorités précédentes qui ont évolué en marge de la légalité républicaine.

Toutefois, il est à signaler que malgré ces difficultés des approches intéressantes ont été menées en direction de la corporation des architectes pour les intégrer dans le groupe de réflexion et de définition du cadre global d'intervention. L'importance accordée aux aspects qualitatifs des constructions, de l'architecture , de l'urbanisme et du cadre de vie en général, constitue en soi une rupture avec les pratiques qui ont prévalu jusqu'à présent.

Il demeure bien entendu que la mise en place de ce cadre global auquel la corporation accorde une importance particulière et notamment en ce qui concerne ses volets de résorption de l'habitat précaire de requalification des espaces centraux, d'amélioration du cadre de vie, nécessite une révision des textes régissant la maîtrise d'œuvre, la maîtrise d'ouvrage et le contrôle de l'urbanisme. Cette action de longue haleine ne pourra trouver sa solution définitive qu'à partir de la conception et de la mise en place de normes techniques adaptées au contexte et surtout opposables au tiers, y compris à l'administration.

Enfin, ces actions nécessitent par leurs acceptations par le grand public des opérations de communication , d'information et de sensibilisation. Ce qui nous amène à dire que le rôle des médias est déterminant. Mais ces médias doivent à leur tour évoluer vers une forme de professionnalisme qui exclue la diffusion de simple compte rendu sans portée réelle. D'où peut-être la nécessité de création de rubrique liée à l'environnement, à l'architecture et à l'urbanisme.

texte de : I.S.


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