Alger la Blanche

Algérie presse

En Algérie, la presse travaille encore sous le poids de contraintes multiples dont la censure du pouvoir et l'insécurité persistante à Alger et partout ailleurs dans notre pays.

Suite aux injonctions du gouvernement, les imprimeries du Centre, de l’Est et de l’Ouest ont exigé, jeudi dernier, du Soir d’Algérie, de Liberté, du Matin, d’El Khabar, de L’Expression et de Er-Raï le paiement de toutes les factures, y compris celles qui ne sont pas arrivées à terme, “au plus tard le dimanche 17 août avant 16 heures, faute de quoi, le tirage sera suspendu”. Dès réception de cet ultimatum, qui est en soi une violation flagrante du contrat commercial qui lie les journaux aux imprimeurs, les directeurs des titres visés, ainsi que celui d’El Watan ont relevé le caractère illégal de cette procédure et dénoncé cette énième tentative de faire taire la presse indépendante. Ce coup de force est porté le lendemain à l’opinion nationale et internationale.

Les responsables des journaux ciblés, mis devant le fait accompli, ont exploré les voies et moyens à même de déjouer le complot ficelé par Bouteflika et Ouyahia et de permettre à leur titre de se désengager du traquenard. Mohamed Benchicou, directeur du Matin, fait une proposition à l’ensemble des présents. En substance, selon lui, “le pouvoir veut étouffer notre presse sous des prétextes commerciaux, qu’on lui réponde alors sur ce terrain et que les titres qui peuvent payer leurs factures, même celles qui ne sont pas arrivées à échéance, le fassent”. L’idée agrée tous les éditeurs qui se tournent vers Farid Alilat, directeur de Liberté, pour lui demander s’il pouvait réunir la somme avant l’expiration de l’ultimatum. Ce dernier répondra qu’il est d’accord et qu’il va racler tous les fonds de Liberté et les remettre aux imprimeurs avant que le couperet de Ouyahia ne tombe. Les éditeurs sont également convenus d’accompagner les responsables de Liberté à la SIA pour assister à la remise du chèque au directeur de cette entreprise. C’est donc en compagnie de Fouad Boughanem, directeur du Soir d’Algérie, de Mohamed Benchicou, directeur du Matin, de l’avocat de ces titres et d’un huissier que les responsables de Liberté se sont présentés, dimanche dernier, avant midi, chez M. Mechat. Celui-ci, averti quelque temps auparavant, était à son bureau, entouré de ses collaborateurs et du représentant syndical. La présence de l’avocat des titres et de l’huissier a été récusée par le directeur de la SIA. Pour ne pas compliquer davantage l’affaire, la délégation des éditeurs a accepté cette restriction.

Après les introductions d’usage, le directeur du Soir d’Algérie a remis une lettre au directeur de l’imprimerie dans laquelle il sollicite un délai de quelques jours pour réunir la somme réclamée. Cette nouvelle donne a visiblement gêné le patron de la SIA qui ne pouvait manifestement décider seul de la suite à lui donner. Les éditeurs iront jusqu’à lui demander de prendre le temps de “réfléchir” et de répondre au Soir d’Algérie avant l’heure fatidique de 16 heures. Après cette requête, Liberté fera savoir au directeur de la SIA qu’il est disposé à payer et que le chèque de la totalité de la somme exigée est là. L’information désarçonne, quelques secondes, l’imprimeur qui se ressaisit pour demander qu’il faudra vérifier ce chèque, histoire de gagner un peu de temps. M. Alilat le reprend et lui fera savoir qu’il s’agit d’un chèque de banque, donc certifié. Silence dans la salle ! En désespoir de cause, le directeur de la SIA dira : “Puisque vous payez, Liberté sera imprimé.”

La délégation a pris acte de la décision du directeur de l’imprimerie et quitté les lieux avec un sentiment mitigé quant au respect de cet engagement. Cependant, tout le monde avait convenu qu’il fallait confectionner l’édition de Liberté et la remettre à l’imprimerie, comme à l’accoutumée, pour tirage.
La première surprise est survenue en soirée lorsque les agents de l’imprimerie ont refusé de réceptionner les pages du journal. Ils ont reçu des instructions de leur directeur leur intimant l’ordre de ne pas procéder au tirage de Liberté. Les responsables du journal, qui ont rempli toutes les conditions imposées par la SIA, se sont retrouvés au milieu de la nuit devant une remise en cause des engagements pris la matinée même et face à une situation de non-droit. Liberté est empêché de paraître !
Les responsables du journal durent rebrousser chemin en emportant avec eux les principes de liberté et de la libre entreprise qui venaient d’être violés.
On apprendra le soir même que les imprimeries de l’Est et de l’Ouest ont à leur tour refusé d’imprimer Liberté, malgré le paiement de toutes les factures exigées. Le lendemain la Simpral réclamera une facture qui remonte à quelques années. Soit ! Celle-ci aussi sera honorée dans les plus brefs délais.
Et la plus grande et la plus grosse entorse au droit commercial est tombée lundi sous forme d’une dépêche de l’APS à 19h51, exigeant de Liberté le paiement d’une facture d’une autre entreprise. Le comble !
C’est dire que ces histoires de commercialité, c’est bidon et que le pouvoir cherche par tous les moyens à faire taire Liberté.
En effet l’imprimerie a exhumé les factures de Essahafa, un quotidien arabophone édité par une entreprise distincte de Liberté et ayant ses propres statuts et son autonomie. Cette publication a cessé de paraître en février 2001 et l’entreprise éditrice est en cessation d’activités depuis cette date.
Devant cette nouvelle entrave, Liberté n’avait d’autre choix que de payer le passif de Essahafa aux trois imprimeries d’État. Ce qui fut fait hier. Et pour parer à toute éventualité et enlever tout prétexte, Liberté ira jusqu’à proposer le paiement d’une petite facture de Liberté-Économie, un hebdo qui relève de la SAEC Liberté.
C’est dire qu’aujourd’hui, Liberté n’est redevable d’aucun centime aux imprimeries. Il a payé rubis sur l’ongle toutes les factures, même celles qui ne sont pas arrivées à terme ou qui ne sont pas directement les siennes. Liberté a donc payé la rançon pour la liberté d’expression, il a payé pour accomplir son devoir d’informer et pour que les citoyens aient le droit de savoir ce qui se passe dans leur pays.

A. O.

Ce que nous avons payé

SIA : 50 155 554,64 DA
SIE : 5 080 577,37 DA
SIO : 10 524 842,76 DA
Simpral : 231 754,47 DA
Total Liberté : 65 992 729,24 DA

Es-Sahafa
SIA : 30 243 868,27 DA
SIE : 11 558 659,50 DA
SIO : 4 221 142,30 DA
Total Es-Sahafa : 46 023 670,07 DA

Liberté-Eco
SIA : 2 986 566,51 DA
Total Liberté-Eco : 2 986 566,51 DA

Total général : 115 002 965,82 DA

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