Alger la Blanche

L'Algérie dans tous ses états

La succession est ouverte à la tête du Mouvement de la société pour la paix (MSP – islamiste) après le décès de son leader charismatique Mahfoud Nahnah , le 19 juin, des suites d’une maladie.

Elle sera réglée d’ici à la fin de l’été à l’issue d’un congrès du parti et devrait se jouer entre Bouguerra Soltani et Abdelmadjid Menasra, deux des principales personnalités du mouvement. Il ne devrait pas y avoir de changement de la ligne islamisante qui s’inscrit dans la durée, ni dans l’implication volontaire de ce courant, très discipliné, au sein des institutions algériennes.

Par contre, des surprises sont attendues avec la libération de Abassi Madani et de Ali Benhadj au terme de 12 années de détention. Observateurs, presse et cercles du pouvoir prédisent une reprise de l’agitation politique de la mouvance du FIS qui pourrait provoquer des heurts. Ali Benhadj a conservé une aura intacte au sein de la jeunesse des quartiers populaires. Il n’est pas exclu qu’il veuille, dès sa sortie de prison, renouer avec les foules pour s’en prendre à nouveau au régime. Sans le nommer, le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, a, dés son investiture par le Parlement, mis en garde «contre la menace islamiste».

Du côté des anciens militants du FIS, on donne l’impression d’être las et peu disposé à s’engager dans une nouvelle aventure semblable à celle de la décennie 90. Des responsables du parti semblent être dans l’expectative au même titre que les familles des victimes du terrorisme qui estiment – à tort ou à raison – que le tandem Abassi Madani - Ali Benhadj est le responsable exclusif de leurs malheurs.

Situation délétère
Ce climat nourrit la tension ambiante et se greffe sur une situation de crise politique qui n’en finit plus. Durant quatre semaines, les conséquences tragiques du séisme du 21 mai dernier l’ont quelque peu reléguée au second plan. Mais les Algériens continuent de baigner dans un environnement délétère caractérisé par une guerre intestine ordurière au sein du FLN (majoritaire aux assemblées élues), le monumental scandale du groupe Khalifa, géré discrètement au plus haut niveau de l’Etat, le regain de violence terroriste, la crise de Kabylie, l’apparition de la peste bubonique et l’absence de perspectives socio-économiques.

Lorsque Ahmed Ouyahia déclare que «la crise politique est terminée», il est probablement le seul à en être convaincu. Son offre de dialogue aux «authentiques représentants du mouvement des archs» - mouvement qu’il a solennellement reconnu - n’a pas eu l’assentiment des activistes kabyles. Échaudé par les manœuvres et les coups fourrés du régime tout au long de ces 26 derniers mois, le mouvement a exigé «une réponse publique et officielle» du président Bouteflika «engageant l’Etat algérien quant à la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d’El Kseur, scellée et non-négociable» pour «aboutir à la définition des modalités de sa mise en œuvre avant d’envisager éventuellement un dialogue réel et responsable».
Abdelaziz Bouteflika, qui durant ces quatre années de mandat s’est tenu à distance - souvent méprisante - des partis et des médias algériens, cédera-t-il face à un mouvement d’essence populaire mais nébuleux? L’enjeu des présidentielles de 2004 pourrait l’amener à faire des concessions, surtout que ses chances de briguer un nouveau mandat semblent être de plus en plus réduites.

Le chef d’état-major Mohamed Lamari a lui réitéré au journal égyptien El Ahram la neutralité de l’armée en soulignant qu’elle acceptera même un président issu du courant islamiste. Le message est destiné à Abdelaziz Bouteflika qui n’aurait plus de soutien au sein du collège des généraux décideurs, à l’exception de Larbi Belkheir.

Bouteflika en perte de vitesse
Dans cette bataille électorale avant la lettre, le locataire de la présidence a pratiquement perdu l’appui du FLN. Ali Benflis qui s’en est assuré le contrôle lors du dernier congrès roule désormais pour son propre compte. Limogé par le président Bouteflika, il est le candidat quasi officiel du FLN pour 2004. Il a fait entériner cette option par un «conseil de coordination» regroupant des élus du parti, prenant ainsi de vitesse les partisans de Bouteflika au risque de faire imploser le parti. Avant cette manche, les deux bords se sont étripés par journaux interposés et en sont même venus aux mains.

Cette crise ouverte a mis de facto en sourdine l’affaire Khalifa. Atomisée, embourbée dans ses luttes d’appareils et ses liens avec les décideurs, la classe politique est restée impuissante face à ce scandale. Pourtant, la banque El Khalifa a occasionné 100 milliards de dinars au Trésor public, selon les chiffres du chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, qui ne s’est pas trop étendu sur le sujet, affirmant que la justice «suivait son cours». En parfait exécutant du régime, il essaie de limiter les dégâts. Des sources bancaires crédibles estiment le trou laissé par le groupe Khalifa à plus de 300 milliards de dinars (près de 3,8 milliards USD). Cet extraordinaire camouflage ne serait pas étranger au dernier rapport de la Banque Mondiale qui gèle ses programmes avec l’Algérie jusqu’après les présidentielles de 2004. Ce document, véritable réquisitoire contre l’incurie, consacre l’échec du mandat de Bouteflika et de la «gestion» de son équipe.

Pour essayer de restaurer un tant soit peu l’image de sa gouvernance, Bouteflika crèvera-t-il «l’abcès Khalifa»? Ce cas de figure est peu probable. À moins d’un an de la fin de son mandat, le président n’a pas concrétisé sa politique de «Concorde nationale». Ahmed Ouyahia, à peine intronisé, a remis au goût du jour l’option du «tout-sécuritaire » à laquelle, 48h plus tard, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) semble avoir répondu en tuant une dizaine de policiers en Kabylie. La violence terroriste a fait plus de 130 morts durant ce mois de juin alors que le chef d’état-major de l’armée algérienne estimait que ce groupe avait enrôlé 200 jeune recrues.

Non seulement la paix n’est pas rétablie, mais d’autres affaires portent préjudice à «l’image» de l’Algérie si chère à la diplomatie de Bouteflika. L’affaire des 17 otages étrangers détenus depuis février dernier au Sahara -toujours encerclés par l’armée dans la région de Tamelrik - n’est pas encore réglée. Paolo Lembo, coordinateur résident du Programme des Nations-unies pour le développement en Algérie est lui sur le point d’être officiellement déclaré persona non grata. Son tort serait d’avoir suivi de trop prés les projets et les actions du PNUD en Algérie et d’avoir trop souvent enfreint son devoir de réserve.

source : Algeria Interface


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