Alger la Blanche

Le complot de Zerhouni

Yazid Zerhouni promet de « faire payer » au directeur du Matin la publication du témoignage d'un ancien moudjahid.

Deux jours auparavant, Mahfoud Sadaoui avait accusé le ministre de l'Intérieur d'être le commanditaire de séances de tortures sur sa personne. « De toutes les manières, le directeur de cette publication va le payer », précise le « favori » de la chronique de Chahinez qui estime que Le Matin aurait dû être suspendu depuis longtemps pour « manque de crédibilité ».

Trois semaines plus tard, M. Bouteflika, l'ami de Zerhouni, mis à mal par une série de révélations, sort son jeu. Le Matin, Liberté, Le Soir d'Algérie, L'Expression et Er-Raï, un quotidien arabophone qui a demandé publiquement dans une de ses éditions « un asile politique » au secrétaire général des Nations unies, sont sommés, jeudi 14 août, de payer rubis sur l'ongle toutes leurs dettes aux imprimeurs avant dimanche 17 août à 17 h. Même celles qui ne sont pas arrivées à terme. Officiellement, pour des factures d'impression impayées. Comme en 1998.

Le 17 octobre 1988, El Watan et Le Matin ont été suspendus sous la même explication officielle : dettes auprès des imprimeries de l'Etat. Comme par hasard, les deux quotidiens avaient publié pendant tout l'été des scandales qui ont mis en cause le principal conseiller du Président Liamine Zeroual. Dénominateur commun de ces six journaux à abattre : dénonciation, documents à l'appui, du vol organisé des biens publics par les hommes du cercle présidentiel et de leurs magouilles. Rien de tel, selon M. Bouteflika. Pour celui qui a qualifié les journalistes de « commères de bains maures », les révélations de la presse ne sont que des « manuvres des groupes d'intérêts qui ne peuvent être que méprisables ».

« C'est une tentative de détourner la démocratie et les libertés adoptées () de leurs nobles objectifs pour les exploiter à des desseins mesquins et ourdir de basses manuvres politiciennes », dit-il à l'occasion de la Journée du moudjahid à partir de Skikda. Principal journal visé dans cette volonté d'étouffement du dernier espace de liberté en Algérie : Le Matin. La police a annoncé dans un communiqué repris par l'APS dimanche dernier, à 1 h 40, qu'elle allait engager des poursuites judiciaires contre le directeur du Matin pour avoir traversé la veille les frontières avec des bons de caisse (11 700 000 DA). Parallèlement à cette convocation, un compte de l'entreprise a été bloqué pour ne pas permettre le paiement intégral de la facture de l'imprimerie. Hier, la police, qui a entendu Mohamed Benchicou, a fouillé le domicile de ce dernier. Probablement à la recherche de preuves qu'elle utiliserait pour empêcher le journal, qui a honoré la totalité de ses dettes, de reparaître. Peine perdue.

Le couple Bouteflika-Zerhouni ne semble pas près de baisser les bras. Normal. Les hommes qui ont décidé en 1998 de faire de M. Bouteflika un chef d'Etat et de montrer à Liamine Zeroual la porte de sortie de la Présidence, appartiennent au noyau dur de la corruption, celui-là même qui devait rapatrier en Algérie des fonds sans « répondre à une aucune question sur leur provenance ». « 12 à 14 milliards de dollars n'attendent qu'un geste de ma part pour venir », avait-il lâché en 1999. Plus de quatre ans plus tard, la « fierté et la dignité » promises aux Algériens ne sont pas au rendez-vous, tout comme les « dollars annoncés » et les sièges des journaux devenus, malgré eux, les « seuls remparts » des Algériens qui y viennent « dénoncer » les abus des responsables, sonnent comme un bilan. Le « candidat le moins mauvais en 1999 » est résolu à rempiler pour un second mandat présidentiel en avril 2004 envers et contre tous, au besoin. « L'Algérie d'en bas » attend l'issue de ce combat.

Djamel Boukrine.


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