Alger la Blanche

Les libertés plus que jamais menacées

La suspension de six titres de la presse indépendante vient rappeler aux Algériens que la guerre pour les libertés très chèrement arrachées en 1962 par le peuple, ensuite par tous les militants de la démocratie au fil des quarante premières années de l'Indépendance est loin d'être finie.

Sauf le RND d'Ahmed Ouyahia, artisan de la suspension, et le MRN d'Abdallah Djaballah, la société civile a condamné cette tentative de musellement de la presse maladroitement maquillée par un fallacieux prétexte commercial (source : Le Matin-Algérie)

Les Algériens sont conscients que cette nouvelle censure qui frappe les journaux est un acte grave susceptible d'annoncer une remise en cause de tous les acquis démocratiques très chèrement payés depuis les évènements d'Octobre 88 et en passant par la décennie rouge pour en arriver à un pouvoir autoritaire dénigrant tous les droits à une société ayant déjà payé un très lourd tribut.

Le chef de l'Etat a publiquement reconnu lors de son fameux discours du 20 août à Skikda la tendance à museler non seulement la presse qui, à son sens, n'obéit qu'à une « tentative de détourner la démocratie et les libertés de leurs nobles objectifs pour les exploiter à des desseins mesquins et ourdir des manuvres politiciennes basses », mais aussi toute le société sous le prétexte d'« un ordre public fragile ». M. Bouteflika, en parfaite violation d'un droit constitutionnel, ne reconnaîtra le droit de manifester à la société qu'une fois que « toutes les conditions seront réunies et lorsque la société sera entièrement à l'abri du chaos ». Ce sont là les vraies raisons qui animent le sursaut de la classe politique et de la société civile. Car une fois de plus le Pouvoir a clairement signifié son intention de réduire le champ des libertés. La société, sa presse et ses partis ne seront libres de s'exprimer que pour montrer patte blanche et faire allégeance au Président-candidat. Le cas échéant, la répression s'abattra plus farouche que jamais. Cette société avec toutes ses composantes s'est réveillée quatre ans après « l'intronisation » de Abdelaziz Bouteflika sur un danger imminent.

Le régime autoritaire gagne chaque jour un peu plus de terrain et la démocratie en cède beaucoup trop en cet été 2003. C'est ainsi que même le conservateur FLN, qu'on tente violemment de conquérir, s'indigne contre de telles manuvres. Le FLN affirme que la suspension des journaux n'est qu'« un nouvel épisode dans la série de tentatives visant à remettre en cause les acquis démocratiques pour lesquels le peuple algérien et ses institutions ont consenti d'incommensurables sacrifices ». Le RCD et le MDS avaient attiré, de leur côté, l'attention sur « une menace majeure pour l'Algérie démocratique et sociale contre laquelle la mobilisation est un devoir absolu », tout en précisant que « les citoyens comprennent qu'en s'attaquant à la presse, c'est à leur droit à l'information et à leur volonté de protester que le Pouvoir s'en prend ». Le FFS y décèle sans équivoque l'installation d'une dictature. « Si la dictature consiste à faire disparaître les témoins, à généraliser le silence et la terreur et à rendre invisibles les forces démocratiques, dont la presse et le principal vecteur, les journalistes au prix d'énormes difficultés entretiennent l'espoir de la construction démocratique de notre pays », affirme-t-il, en assimilant le combat pour la liberté de la presse au combat pour la construction démocratique du pays.

Nul doute que le niveau de mobilisation indique que la société a décrypté le message. Le musellement de la presse ne peut être isolé de la volonté d'instaurer un Etat autoritaire. Ce n'est qu'une des pièces du puzzle. Les autres pièces s'amoncelleront chaque fois que ce Pouvoir sentira une opposition à sa mauvaise gouvernance du pays. Le combat de l'Algérie aujourd'hui est celui d'un peuple aspirant à l'instauration d'un réelle démocratie et à la fondation d'un réel Etat de droit. L'Algérie de 2004 n'acceptera que cela.

Ghada Hamrouche


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