Alger la Blanche

Le jeu douteux du Maroc

 
C’est la première fois que des immigrés marocains, des ouvriers, des islamistes et même des clandestins manifestent en Italie, pas pour revendiquer la démocratie et la liberté d’expression du Maroc, mais pour tout autre chose.
Posté le samedi 2 juillet 2005.

Transportés, de plusieurs villes de la péninsule (Milan, Turin, Florence...) par des autobus loués par l’ambassade et les consulats du Maroc en Italie, quelque 200 Marocains ont été amassés, jeudi soir, devant le Parlement italien à la place Montecitorio, brandissant des dizaines de portraits gigantesques de leur monarque et des banderoles avec des slogans hostiles au gouvernement algérien. Leur message était trop politisé pour faire penser à une action spontanée. « Nous demandons à l’Etat italien et aux Italiens de faire alliance avec l’Etat du Maroc et son peuple pour obtenir la libération des soldats marocains détenus dans la prison algérienne de Tindouf », pouvait-on lire sur les pancartes. Les manifestants ont affirmé aux médias vouloir, par ce geste, « exiger la libération de 408 Marocains séquestrés depuis 28 ans dans les camps de Tindouf, en Algérie ».

Les responsables de plusieurs associations marocaines, dont la plupart sont des islamistes qui gèrent des salles de prières, ont expliqué aux journalistes qu’ils demandaient « au gouvernement algérien de cesser de s’ingérer dans les affaires internes du Maroc », comme l’a affirmé le président d’une petite association de la ville du nord de Lodi, Mardadi Abdelkarim. Le responsable de l’Institut islamique de Turin, Abdelaziz Khounati, a invité le gouvernement italien « qui soutient parfois les séparatistes appelés Polisario, sans connaître les vrais problèmes de la région du Sahara-Occidental ». Pour sa part, son concitoyen, président de l’Association des marocains du nord d’Italie, Harrad Jilal, a déclaré que « des tortures sont pratiquées sur nos concitoyens depuis 20 ans. Il est temps de dire basta à cette situation ». Il faut dire que les immigrés marocains, qui représentent la plus grande communauté arabe en Italie, ne sont pas connus pour être de grands militants des droits de l’homme et sont, dans leur majorité écrasante, de très modeste condition sociale, économique et culturelle, quand ils ne sont pas carrément analphabètes ou illettrés.

En général, ils font la une des journaux italiens, pour des affaires de vente de drogue ou de viol, comme ce fut le cas il y a à peine une semaine, lorsque deux jeunes Marocains clandestins ont violé une jeune Milanaise sous les yeux de son fiancé. Pour mener à bien cette opération de propagande antialgérienne, les exécutants de Sa Majesté Mohammed VI, en poste à Rome, n’ont pas lésiné sur les moyens. Et comme il fallait aussi une « passionaria » pour charmer les Italiens, ils ont fait appel à une « militante féministe » auto-proclamée. Souad Sabai est souvent commanditée pour ce genre d’action par son ambassade qui croit qu’une femme, quoique disgracieuse, puisse faire plus d’effet. En Italie depuis une vingtaine d’années, Sabai s’est proclamée porte-parole des femmes marocaines en Italie, fonction que ses propres concitoyens lui dénient catégoriquement. Mais depuis que le groupe financier Western Union, afin de mieux drainer dans ses filets les immigrés marocains qui lui confient leur argent pour les opérations de transfert, a créé des « journaux » gratuits, servant uniquement à diffuser sa publicité, Sabai s’est retrouvée responsable du mensuel Maghribiya qui publie, sur ses rares pages, les placards du groupe financier et les photos du roi du Maroc.

Aux journalistes venus s’enquérir de l’objet de la manifestation, celle que les responsables de l’ambassade du Maroc à Rome pousse dans la mêlée, à chaque fois que cela peut leur servir, a affirmé « avec notre manifestation nous voulons sensibiliser le gouvernement italien pour qu’il s’intéresse à cette affaire, espérant qu’il pourra nous aider à les libérer (...). Plusieurs de nos adhérents ont des parents qu’ils ne voient plus depuis 28 ans et c’est eux qui nous ont demandé d’organiser cette manifestation ». Il semble que la gesticulation des Marocains ait impressionné certains responsables italiens, à en croire les déclarations d’Antonio Tajani, chef de la délégation italienne de Forza Italia (du parti de la majorité) au Parlement européen qui a affirmé : « Le fait que 408 militaires détenus depuis plus de 35 ans en prison de guerre est une question relative aux droits de l’homme qui doivent, je pense, être respectés. » Et d’ajouter : « Toutefois, je ne veux pas entrer dans le mérite de la question entre le Maroc et l’Algérie, parce que je crois qu’elle doit être abordée autour d’une table de négociations. »

Benali Nacéra, elwatan.com


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