Alger la Blanche

Réforme du système bancaire algérien en 2006

 
Tantôt acerbe, tantôt conciliant, le chef du gouvernement a défendu, hier au Club des pins, devant le CNES, la feuille de route de son gouvernement en matière de réforme économique et bancaire. « Donnez-lui un chiffre, peu importe lequel, il vous le transforme en exploit ! ». L’auteur de cette formule-choc, inspirée hier par Ahmed Ouyahia devant le CNES, est un cadre de la haute administration algérienne.
Posté le lundi 4 juillet 2005.

Costume gris passe-muraille, grosse moustache, le chef du gouvernement lui inspire une éloge à l’emporte-pièce mais sincère : « Il se défend bien », dit-il de lui avec un léger toussotement. Sa réaction à la note de conjoncture, en revanche, lui fait faire une lecture en noir et blanc : « Un discours rassurant sur les échéances du domaine bancaire et financier, forcément politicien en terme d’action économique », ajoute-il avant de s’éclipser.

Dommage, car trouver d’autres avis sur l’intervention du chef de l’exécutif vous donnait le choix hier entre une forêt de sourires professionnels, des haussements d’épaules ou des accolades tellement confondantes qu’on oublie le métier. A la veille du renouvellement du groupe dit « personae intuitae » qui, nous a-t-on susurré, sera bientôt désigné par le président de la République pour une partie, et par le chef du gouvernement pour une autre, la discrétion est de mise. Trop même. Restent alors M. Ouyahia et son texte ! Le « forcément politicien » de notre sympathique interlocuteur concernerait la partie du discours où le chef du gouvernement ne s’est pas gêné pour tirer les oreilles aux experts du CNES : « Je ne comprends pas pourquoi vous dites que le gouvernement n’a pas de visibilité économique », s’est-il exclamé en leur renvoyant la question : « Et le programme du président, qu’en faites-vous ? ». Et le gouvernement qui l’exécute, qu’en dites-vous ?

Au tribunal du CNES, M. Ouyahia poursuit son plaidoyer en demandant qu’on lui explique le sens du plan de consolidation de la croissance et celui de la loi de finances 2005. Puis, en se défendant de jouer au « ping-pong politicien », il assène : ceux qui rêvent d’un taux de chômage zéro sont des utopistes. Mieux vaut, selon lui, mesurer « la comparaison entre les 23,7% de taux de chômage enregistrés il y a quelques années et les 17,7% » actuellement recensés. D’après lui, même les privatisations ne méritent pas qu’on les détricote. « Vous prétendez que le rythme des privatisations est lent ». Je vous dis que nous avons vendu 210 sociétés en quatre ans pour 3 milliards de dollars. Les Tunisiens, eux, je viens de l’apprendre en lisant un rapport sur leurs privatisations, ont vendu 193 sociétés entre 1987 et 2005 pour 3 milliards de dollars », a-t-il à nouveau tricoté.

Son gouvernement, jurera-t-il, mettra toute son énergie à privatiser les 1.200 entreprises au programme. « Il n’y aura pas de ralentissement. Nous tenons à deux choses : un plan d’investissement clair et un engagement pour la préservation de l’emploi ». A ceux qui chuchotent enfin que le gouvernement a des complexes vis-à-vis de l’investissement étranger, « 6 milliards d’euros ont été investis en une année ». Le problème, a-t-il semblé suggérer, serait dans la « faiblesse du code des investissements et dans... les procédures bureaucratiques ». Mais encore faut-il que les experts du CNES le disent, a déclaré M. Ouyahia.

Au chapitre des « échéances rassurantes », le chef du gouvernement a annoncé que « le nouveau système de paiement bancaire sera totalement opérationnel au début 2006 », a-t-il affirmé. Les Algériens qui s’inquiétaient du retard pris dans la réforme du secteur se réjouiront donc, selon lui, de voir toutes les opérations bancaires informatisées et prendre moins de temps. La centrale des risques, à l’ordre du jour depuis 1992, sera « opérationnelle fin 2005 », a prévenu M. Ouyahia, et le processus de préparation verra son terme dans quelques semaines. « Les banques publiques, a-t-il fait remarquer, verront leur capital relevé cet été » et bénéficieront de plus de crédits « afin de soutenir la relance de l’activité économique ». La bonification des taux d’intérêts sera en outre appliquée bientôt « en vertu de la loi de finances 2005 ».

A ce sujet, le Trésor public devra jouer un rôle clé puisque des ressources financières importantes seront mobilisées pour les investissements à l’aide d’emprunts à moyen et long terme. Pour les grands projets, comme ceux identiques à la construction de centrales de dessalement d’eau de mer, le gouvernement, a dit M. Ouyahia, encourage « l’emprunt lourd », jusqu’à 100 milliards de dinars et « suivant des mécanismes et des règles absolument nets ». Avant le 1er septembre, son gouvernement mettra toutes les mesures nécessaires pour limiter la circulation de l’argent cash. « Des mesures dissuasives » seront prises par les départements compétents pour lutter contre l’évasion fiscale, le blanchiment de l’argent sale et la contrebande.

Il s’attellera aussi à la mise à niveau des zones industrielles, dont les prestations seront payantes. Il réévaluera le foncier industriel public, car « il n’est pas raisonnable qu’il coûte moins cher chez le public - 220 dinars le mètre carré à SNVI - que chez le privé ». Une forte poussée sera donnée à l’activité financière, « ce qui devrait contribuer à faire renaître la bourse d’Alger, qui n’est pas morte ! », a-t-il martelé. Enfin, un « soutien particulier sera accordé à l’investissement hors des grandes villes du pays » afin d’équilibrer la richesse entre les régions. Ce point sera, a-t-on dit, au menu des discussions en automne prochain lors du pacte économique et social.

Noureddine Azzouz, quotidien-oran.com


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