Alger la Blanche

Le système éducatif algérien produit des chômeurs

 
Ce rapport montre que les formations, dispensées à tous les niveaux de l’enseignement algérien, ne sont pas adaptées aux besoins du marché de l’emploi et à la demande de l’entreprise.
Posté le mercredi 29 juin 2005.

Michel Welmond, spécialiste en éducation auprès de la Banque mondiale, a fait escale, hier, dans la capitale dans le cadre de la préparation d’un rapport sur la réforme de l’enseignement dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient (MENA). En sa qualité de coauteur de cette étude devant être finalisée en mars 2006, il a tenu à rencontrer au siège du bureau d’Alger des professionnels du secteur (des pédagogues et des syndicalistes) pour leur soumettre ses références et en débattre. Le rapport est le cinquième d’une série ayant traité pêle-mêle de l’emploi, de la bonne gouvernance, du genre et du commerce. Investie pleinement dans l’aide au développement, la BM vise à travers son expertise du secteur éducatif, à savoir s’il est réellement porteur de progrès et de prospérité.

Avant l’Algérie, d’autres pays, à l’instar de l’égypte et de la Jordanie ont accueilli M. Welmond. En dépit des disparités entre les différents modèles, il établit un constat identique. Selon lui, les réformes engagées par les états de la région sont “incomplètes et non génératrices d’emplois”. Ces observations préliminaires font mention, également, de l’inadaptation des politiques éducatives avec l’évolution du marché du travail au plan international. D’après l’expert de l’institution financière mondiale, une série d’obstacles objectifs justifie de tels anachronismes. Il en est ainsi des conflits.

A ce propos, il a remarqué que le gouvernement algérien n’a jamais autant recruté de personnels que durant la période du terrorisme. Or, la majorité des effectifs n’est pas constituée d’enseignants, mais de gardiens d’école. Les stratégies ayant étés choisies pour mener les réformes sont en outre contestées par le représentant de la BM. Prenant en compte un volet et pas un autre, elles sont parcellaires. Ainsi, si certains pays optent pour des changements pratiques, dans les programmes et la formation des enseignants... d’autres se concentrent uniquement sur la gestion des ressources humaines alors qu’une troisième partie donne une importance accrue aux choix idéologiques. Au niveau des moyens, si la région MENA est réputée pour accorder des budgets colossaux au développement de l’enseignement, les sommes investies sont sans résultat. Les premières conclusions font ressortir “un taux d’échec important”. Il est stipulé aussi que “l’enseignement post-obligatoire ne produit pas les compétences nécessaires pour l’économie des connaissances”.

En clair, l’enseignement n’est pas d’une rentabilité suffisante permettant de pourvoir le marché du travail rapidement. Autant d’insuffisances sont criantes. Pourtant, hormis quelques spécialistes avisés et pertinents, peu d’acteurs locaux du secteur osent des critiques régulières en direction des autorités. La Banque mondiale note que “les mécanismes de responsabilisation politique sont rares”.

D’après elle, les contestataires se manifestent, notamment, au moment de l’élaboration des réformes, mais presque jamais au cours de leur élaboration. Pis, leur montée au créneau se passe souvent de façon violente, des grèves ou des prises de position virulentes de personnalités politiques.

L’Algérie est l’exemple type de ce genre de pratiques. On se souvient, en effet, de la levée de boucliers des islamo-conservateurs provoquée par la résolution de la commission de la réforme de l’école en 2000 d’introduire l’enseignement de la langue arabe à partir de la deuxième année primaire. Plus récemment, la suppression de la filière de la charia du cycle de l’enseignement secondaire a suscité une vive polémique animée principalement par le MSP et El-Islah. Pourtant, même chez les plus orthodoxes, on se veut modernistes. En Iran, le clergé s’est bien gardé de formuler la moindre critique lorsque le gouvernement a décidé de réduire le volume horaire de la discipline de l’éducation islamique.

Selon, M. Welmond, il a pris cette mesure en constatant les résultats médiocres obtenus en 2003 par les candidats iraniens au TIMMS, un test international d’aptitude en mathématiques et en sciences. Les élèves algériens devront prendre part à cet examen cette année. Avant la diffusion de son rapport global, la Banque mondiale présentera des bilans sectoriels en octobre prochain. Ils concernent divers chapitres, le financement de l’éducation, le phénomène de la déscolarisation, l’enseignement post-obligatoire, la pédagogie, le rôle des conflits et de la religion dans la promotion du savoir, l’éducation et la migration et bien entendu l’adéquation formation-emploi.

Samia LOKMANE, liberte-algerie.com


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