Alger la Blanche

Un référendum pour la paix et la réconciliation nationale

 
Plus jamais ça." C’est en ces termes que le président Abdelaziz Bouteflika a appelé, dimanche 14 août, les Algériens à se prononcer par référendum le 29 septembre sur un projet de "charte pour la paix et la réconciliation nationale" afin de rétablir la paix et la sécurité dans le pays.
Posté le lundi 15 août 2005.

L’objectif est de tourner la page après plus d’une décennie de violences, qui ont commencé en 1992 après l’annulation par l’armée d’élections que le Front islamique du salut (FIS) était en passe de gagner.

Rendant un hommage appuyé à l’armée et aux forces de sécurité qui ont repoussé "l’hydre du terrorisme" , le chef de l’Etat a rappelé le coût exorbitant payé par l’Algérie : "Des dizaines de milliers de morts, plus de 20 milliards de dollars de destructions, une coûteuse entrave au développement et une régression de notre position sur la scène internationale."

Dans un discours fortement teinté de religiosité, le président s’est adressé longuement aux familles des victimes du terrorisme ainsi qu’à celles des disparus pour les convaincre "d’accepter de payer un tribut lourd mais inévitable à la paix et à la sécurité pour tous" .

Le projet est constitué d’une série de mesures juridiques et sociales qui s’adressent aux membres des groupes armés islamistes non impliqués dans "des massacres collectifs, des viols ou des attentats à l’explosif dans des lieux publics" . Il prévoit la "fin des poursuites judiciaires" pour des milliers de membres des différents groupes armés qui avaient rejoint la trêve décrétée en 1997 par l’Armée islamique du salut (AIS), le bras armé du FIS, avant de se rendre définitivement au début de l’année 2000.

Le projet préconise aussi l’abandon des poursuites contre les personnes recherchées en Algérie et à l’étranger ou condamnées par contumace si elles se rendent volontairement, et la grâce pour les personnes déjà condamnées et détenues pour actes de terrorisme. Une quatrième mesure prévoit des commutations de peine pour ceux qui sont condamnés mais ne sont pas touchés par les mesures de grâce et par la fin des poursuites.

Par ailleurs, l’Etat assumera la "responsabilité" pour les disparus, qui seront considérés comme des "victimes de la tragédie nationale", ouvrant ainsi un droit de réparation pour les familles. Le 31 mars, un rapport officiel avait recensé 6 146 civils disparus du "fait d’agents de l’Etat" et préconisé ces mesures, vivement contestées par des associations. Enfin, la "solidarité nationale" s’exercera en direction des veuves et des orphelins des membres de groupes armés tués durant le conflit.

DIPLOMATES ASSASSINÉS

La main tendue en direction de ceux qui ont pris les armes s’accompagne de fermeté à l’égard des dirigeants du FIS, définitivement interdits d’activité politique. L’affaire des deux diplomates algériens assassinés à Bagdad par le groupe d’Abou Moussab Al-Zarkaoui, chef d’Al-Qaida en Irak, avait relancé les critiques contre le projet d’amnistie générale pour les islamistes (terme que le président algérien n’a pas utilisé dans son discours).

Le numéro deux de l’ex-FIS, Ali Benhadj, incarcéré depuis et poursuivi pour apologie du terrorisme, avait fourni un argument inespéré aux détracteurs de la politique du président en intervenant, le 27 juillet, en pleine crise des otages algériens, sur la chaîne Al-Jazira, pour justifier la "résistance et le djihad" en Irak, et pour critiquer la présence des diplomates algériens à Bagdad. Son intervention, interrompue au moment où il s’apprêtait à lancer une "requête" aux ravisseurs, a permis aux adversaires de tout compromis qui faisaient profil bas depuis la réélection triomphale de M. Bouteflika en avril 2005, de relever la tête.

Le président a désamorcé leur argument en annonçant que l’activité politique sera interdite à ceux qui ont une "part de responsabilité dans la conception et dans la mise en oeuvre de la politique prônant le pseudo -djihad contre la nation" . L’affaire des deux diplomates relève, a-t-il dit, d’une tentative de saper "notre politique de réconciliation nationale" de la part de ceux qui veulent que la société algérienne continue à vivre dans "cette atmosphère de peur et d’insécurité instaurée par le terrorisme".

En interdisant définitivement le retour à la politique des dirigeants de l’ex-FIS, le projet du président Bouteflika rassure les courants les plus hostiles à l’islamisme, en même temps qu’il reprend en les élargissant les mesures mises en oeuvre dans le cadre de la loi sur la "concorde civile", elle aussi approuvée par référendum le 16 septembre 1999.

Par Le Monde


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