Alger la Blanche

Le tourisme à Boumerdés attend l’aide de l’État

 
Selon les estimations de l’association qui les représente, les dégâts s’élèvent à environ 200 milliards de centimes. N’ayant bénéficié jusqu’à ce jour d’aucune indemnité, en faillite depuis le séisme de Boumerdès du 21 mai 2003, les banques refusent de financer la reconstruction de leurs établissements.
Posté le mercredi 29 juin 2005.

Après avoir tout perdu lors du violent séisme qui a frappé leur wilaya il y a deux ans, beaucoup d’investisseurs dans le tourisme à Boumerdès n’arrivent plus à se remettre sur pied. Si certains tentent, tant bien que mal, de redémarrer leurs activités, d’autres ont été complètement ruinés par le tremblement de terre qui avait fait près de 3 000 morts. “Deux années d’attente, c’est beaucoup”, se plaint le président de l’Association des investisseurs, Omar Adim, dont le complexe de Zemmouri El-Bahri, qui porte le même nom, a subi d’importants dégâts.

L’hôtel édifié au milieu du site n’y est plus. Les dommages qui ont touché également les chalets et les cabanons ont été évalués, selon lui, à 32 milliards de centimes. Toutes les démarches entreprises pour se faire indemniser ont échoué. Les organismes d’assurance ont tous refusé de dédommager les investisseurs sinistrés, affirme Omar Adim qui précise que “même les voitures qui étaient assurées en tous risques n’ont pas été remboursées”. Les commerçants de la région vivent, déclare-t-il, les mêmes problèmes. “Pourtant, plusieurs réunions ont eu lieu, et les promesses des autorités pour trouver une issue à cette situation ne manquent pas”.

Même le Chef du gouvernement a été saisi, dira encore notre interlocuteur qui nous exhibe les réponses du cabinet d’Ahmed Ouyahia qui orientent les propriétaires des établissements touristiques et autres commerçants de la région vers les services de leur wilaya. La dernière rencontre avec les autorités locales remonte, en effet, au mois de juin 2004. Les sinistrés qui étaient conviés à compléter leurs dossiers déposés à la Direction du tourisme attendent, depuis, sans rien voir venir. Selon le président de l’Association des investisseurs du tourisme de la wilaya de Boumerdès, l’estimation totale des dégâts est d’environ 200 milliards de centimes.

Omar Adim, étant lui-même victime du séisme qui lui a ravi sept membres de sa famille dont le père, se plaint, en fait, des retards enregistrés dans la prise en charge des dossiers. “Partout on nous dit que la priorité est donnée au social, et nous trimons depuis deux longues années”, indique encore le patron du complexe Adim qui rappellera son dévouement pour la prise en charge des sinistrés, lors de la tragédie de mai 2003, en mettant à leur disposition, par le biais de l’APC de Zemmouri, tous ses biens : alimentation, 300 tentes, 400 matelas et des réfrigérateurs ainsi que des engins de déblayage.

Cela fait trois ans, dira M. Adim, que “nous avons supprimé, faute de moyens, les camps de toile au niveau de notre site”. La facture de remboursement de 300 millions de centimes traîne, depuis 6 mois, sur le bureau du chef de daïra de Bordj Ménaël. Pis, les investisseurs font face à différentes entraves, sinon comment peut-on expliquer que les deux meilleures plages de la région sont, cette année, interdites à la baignade ? Il s’agit, souligne-t-il, de celles adjacentes aux complexes Farès et Grand-Bleu, deux infrastructures dont les capacités d’accueil dépassent 3 000 personnes chaque saison estivale. Cependant, si le complexe Adim arrive tant bien que mal à remonter la pente, pour d’autres investisseurs et propriétaires d’établissements hôteliers, c’est la faillite totale.

DU TERRORISME AU... SÉISME
C’est le cas de Hadj Benyounès qui a vu son hôtel, la première infrastructure du genre construite à Zemmouri sinon dans toute la wilaya de Boumerdès, tombée en ruine. 80 ans révolus, ce propriétaire, rencontré chez lui, n’arrive pas à retenir ses larmes au seul souvenir des décombres de son hôtel “effacé” par le violent séisme du 21 mai 2003.

“Déjà qu’on a été obligé de fermer à cause du terrorisme en 1994, la catastrophe qui a touché notre wilaya a tout balayé”, souligne Hadj Benyounès qui, d’une voix tremblotante, pleure la perte de tous ses biens. “J’ai mis toute ma vie dans la construction de cet établissement”, dira-t-il avant que son fils aîné ne prenne la parole pour parler de toutes les tracasseries bureaucratiques rencontrées pour démarrer la reconstruction de leur hôtel. Hormis le fait qu’ils n’ont, jusqu’à ce jour, reçu aucune indemnité, les Benyounès, dont la propriété est située dans une zone d’expansion touristique (ZET), devraient encore attendre, eux qui ne veulent pas s’aventurer dans l’élaboration d’un plan propre qui pourrait ne pas cadrer avec celui de la ZET. “Mais jusqu’à quand pourrions-nous vivre dans ce marasme ?” s’interroge le fils aîné, visiblement usé par les lenteurs administratives. Les assurances refusent le remboursement, les banques le financement de la reconstruction des établissements effondrés.

À Corso, le patron du complexe Les Sources, complètement effondré, Moussa Zorgani commence à perdre patience après avoir attendu deux années durant. Plus de 8 milliards de centimes sont partis en fumée dans la tragédie du 21 mai 2003. “Je suis en cessation de remboursement avec le CPA”, affirme notre interlocuteur qui n’a pas, lui aussi, été indemnisé. “Ce qu’on ne cesse de nous dire à la wilaya, ajoute-t-il, il faut attendre une décision politique, et on ne sait pas quand est-ce que celle-là interviendra”. Mais ce qui est certain, le patron des Sources, après avoir tout perdu, est sans activité à l’instar d’ailleurs du propriétaire du complexe Beau-Rivage situé sur le territoire de la wilaya d’Alger, à Hraoua. Les dégâts dans cet établissement hôtelier, qui a été complètement dévasté par le séisme, et où plusieurs personnes ont laissé leur vie, ont été évalués, selon l’estimation de son patron Ahmed Sentohi, à 20 milliards de centimes. Même en possession d’un contrat d’assurance multirisque professionnel et une assurance remboursement crédit (Arc), la SAA ne veut pas entendre parler de remboursement. Son argument est que le contrat ne comportait pas la clause : risques naturels. “Nous sommes complètement bloqués”, indique M. Sentohi qui précise : “Maintenant que les assurances ont fermé les portes devant nous, nous attendons une éventuelle aide de l’État.”

C’est un cri de détresse que le patron de Beau-Rivage lance et qui s’accroche aux promesses faites par les responsables. Les investisseurs de la wilaya de Boumerdès ne semblent pas avoir d’autre choix que celui d’attendre le soutien des pouvoirs publics qui tarde à venir d’autant plus que même les banques refusent, selon eux, de financer les opérations de reconstruction.

Les banques refusent de jouer le jeu
Le propriétaire de l’établissement hôtelier Essalam de Boudouaou a fait l’amère expérience en sollicitant les crédits bancaires. À chaque fois, il essuie le “non” des banques qui, par contre, se disent prêtes à financer le volet équipement de la reconstruction. Mais cela n’intéresse pas trop l’investisseur qui, lui, a eu la chance d’avoir exercé pendant plusieurs années. Contrairement à son voisin immédiat de l’hôtel El-Akouas, qui a vu son projet tomber en ruine avant même le lancement de ses activités qu’il avait prévues le 21 juin 2003, avant que le séisme ne transforme son rêve en cauchemar. Depuis, le patron de El-Kouas frappe à toutes les portes sans qu’une seule s’ouvre à lui.

Les banques tardent à lui répondre bien qu’il affirme qu’il offre toutes les garanties possibles et imaginables en hypothéquant ses terres. Il faut dire, en effet, que l’espoir des investisseurs du tourisme dans la wilaya de Boumerdès ne tient qu’à un fil : l’aide de l’État. Le propriétaire de l’établissement Le Relais de Tidjelabine, qui a subi d’importants dégâts, met l’accent sur la nécessité de l’obtention de cette aide. “Nous n’avons pas uniquement souffert du séisme”, affirme-t-il, mais aussi de la situation sécuritaire dans la région. “Le fait d’être rackettés à plusieurs reprises et toutes les incidences qui en ont suivi au plan commercial ont amené le fisc à être un peu moins sévère avec nous”, indique notre interlocuteur qui, à l’instar de tous les commerçants de Boumerdès, souhaite savoir où en est la prise en charge de leurs dossiers.

K. D., liberte-algerie.com


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