Alger la Blanche

Transport et Ramadhan à Alger

 
Devoir se déplacer dans Alger provoque toujours des angoisses chez les usagers, tant le fait d’y arriver sans encombres relève de l’exploit.
Posté le mardi 18 octobre 2005.

Que n’a-t-on dit sur les insuffisances en matière de transport qui n’ait été ressassé maintes et maintes fois, sans que ce problème connaisse une issue définitive. La pression s’accentue pendant le mois de ramadhan où l’on voit la tension des jeûneurs se refléter partout. « La crise est perceptible dès 15 heures », commente Mohamed avant de poursuivre : « Tout le monde est pressé de rentrer, et lorsqu’on se dit qu’on est parmi les premiers, on constate que c’est déjà la ruée.

Les femmes sont pressées de rejoindre leur cuisine pour terminer ce qu’elles ont commencé la veille, les hommes pour ‘‘débrayer’’ : après avoir senti les premières odeurs et une fois rassurés que leurs femmes ont tout mis en marche, ils ressortent pour aiguiser leur appétit et succomber inévitablement devant toutes les douceurs qui s’offrent à leur regard. » Tout ce monde prend donc d’assaut taxis et bus, courant, bousculant, criant et se disputant. A la station de taxis de la place du 1er Mai, et en l’absence de plaques signalant les différentes destinations (elles ont été arrachées), un véritable attroupement se forme alors qu’il n’est que 15h30mn.

Chaque véhicule qui arrive est systématiquement cerné avant même qu’il ne dépose les clients qu’il transportait. On s’agrippe carrément aux portières, la voiture encore en marche. « N’tiya kafza ! » crie un homme à l’endroit d’une jeune fille qui l’a devancé pour s’engouffrer dans un taxi. Trop heureuse d’avoir décroché une place, elle ne répond pas. « Les chauffeurs de taxis collectifs s’éclipsent en milieu d’après-midi », nous dit un homme du métier qui se ravise pour préciser : « Moi-même, j’arrête à 15h parce qu’à ce moment de la journée, je ne vois plus rien et je ne suis plus en mesure de continuer à travailler. » Le second motif qu’il évoque est lié au profit, les embouteillages des fins de journée n’étant pas pour s’accommoder avec son portefeuille. « Pourquoi transporter des clients à 20 DA et s’éterniser sur la route ? » s’interroge-t-il, tout en indiquant que cette situation fait le bonheur des taximètres qui, selon ses propos, n’apparaissent qu’à ces moments-là pour faire payer chèrement les usagers qui n’ont pas d’autre choix.

Les citoyens sont nombreux à dire que ce n’est pas par caprice qu’ils se rabattent sur ce moyen de locomotion, considéré autrefois comme un luxe, mais c’est pour gagner du temps et pour éviter les bousculades dans les arrêts de bus où la pression est plus forte pendant cette période de l’année. Certains s’interrogent pourquoi l’entreprise chargée du transport urbain ne renforce pas ses moyens de locomotion durant le Ramadhan. « On parle comme s’il y avait des bus en réserve », rétorque M. Hellal, directeur de l’exploitation à L’ETUSA. « Or, les moyens sont les mêmes et de ce fait nous ne pouvons pas prévoir plus de rotations. D’ailleurs, ce serait de la mauvaise gestion que de mettre des bus en réserve alors que la demande n’est pas satisfaite. »

Ce sont donc les 200 véhicules circulant dans la capitale qui prennent chaque jour de l’année les différentes destinations. Par contre, un « programme soirée » a été mis en place par l’entreprise, nous fait savoir M. Hellal, afin de faciliter les sorties nocturnes et les veillées ramadhanesques entre 19h et 00h45mn. Un ou deux bus par ligne (c’est selon la demande) sont mis en service chaque soir apprend-on. Le transport privé n’échappe pas de son côté à la pression créée durant ce mois. Une pression que certains transporteurs contribuent à exacerber, comme le relève cette femme rencontrée à la station du parc des loisirs de Ben Aknoun. Habitant à Baba Ali et travaillant à Hydra, elle doit prendre trois bus et faire deux escales à l’aller comme au retour, avec tous les désagréments générés par ces déplacements.

« Depuis que l’arrêt du CFA a été supprimé, je suis obligée de venir à cette station. Mais les transporteurs la boudent, bien que ce soit un arrêt obligatoire, pour éviter de faire un long détour », déplore notre interlocutrice. En effet, pas l’ombre d’un bus pendant un long moment. Adossés aux supports des abribus ou assis sur le trottoir, les usagers semblent prendre leur mal en patience et guettent l’arrivée d’un véhicule qui les sortirait de cet endroit isolé. Certains parlent d’anarchie qui caractérise le transport privé et de manque de respect envers les usagers, à travers ce genre de comportement. Mais il faut relever un autre type de comportement, humain celui-là, même s’il ne concerne qu’une minorité de transporteurs privés : ceux-là qui, dans une station quasiment déserte (celle de Bir Mourad Raïs) et à quelques minutes de la rupture du jeûne, attendent les retardataires. A peine quelques dizaines de mètres parcourues et c’est l’adhan. La tension tombe, c’est trop tard, on a raté le f’tour en famille.

Par latribune-online.com


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