Alger la Blanche

Les femmes algériennes, les grandes oubliées

Concernant le statut des femmes algériennes, l'Algérie demeure à la traîne de la Tunisie et du Maroc.

Dans ce dernier, le 10 octobre 2003, sur injonction du roi Mohamed VI, le Parlement marocain a fini par adopter au début de l'année 2004 un Code de la famille qui a permis aux Marocaines de bénéficier des mêmes droits et devoirs que les hommes. Les Marocaines sont désormais des citoyennes à part entière.

En Algérie, bien que le président Bouteflika ait à plusieurs reprises dénoncé les dispositions du Code de la famille d'inspiration religieuse adopté en 1984, aucune mesure concrète n'a été prise afin que les Algériennes ne demeurent pas confinées dans un statut de mineure à vie.

Le 25 octobre 2003, une commission chargée de la réforme du Code de la famille est installée par le ministre de la Justice, Tayeb Belaïz. Le 20 janvier elle a remis un rapport préliminaire. Ce dernier a formulé des propositions de révision de certains articles qui ne touchent pas aux aspects foncièrement discriminatoires de la loi. Ainsi, le tutorat (le mariage d'une femme est soumis à l'aval préalable du père ou d'un tuteur), la polygamie, la répudiation, l'héritage, etc, élevés au rang de dogmes, ont été délibérément laissés de côté par la commission. Pis, en cas de divorce, un des articles " révisés " du code stipule que le travail de la femme ne doit pas influer négativement sur les enfants dont elle a la garde ! Ou encore, que le travail de l'épouse reste soumis au " consentement des conjoints par stipulation dans l'acte de mariage ".

Pour autant, les " révisions " proposées, qui ne touchent qu'aux aspects secondaires de la loi, tels que l'obligation de mettre un logement à la disposition de la femme et la création d'un fonds public chargé de verser une pension alimentaire à la femme répudiée, sont nettement en décalage par rapport aux avancées de la société algérienne, où les femmes ont payé le plus lourd tribut pour leur émancipation durant les années quatre-vingt-dix. Non seulement, les Algériennes n'ont pas obtempéré aux menaces du GIA leur intimant l'ordre de porter le hidjab (voile islamiste) - plus d'un millier d'entre elles ont été assassinées - mais elles ont été les premières à sortir dans la rue pour dénoncer le laxisme du pouvoir concernant la pression islamiste. De plus, le voile islamiste est en net recul par rapport à la situation existante à la fin des années quatre-vingt et au début des années quatre-vingt-dix. Aujourd'hui, dans les villes (plus de 50 % de la population), les collégiennes et les lycéennes portant le voile se comptent sur les doigts d'une main. Elles sont nombreuses celles qui sont ministres, préfètes, magistrates, hauts fonctionnaires, cadres ou chefs d'entreprises, et ce, sans compter ces sportives - les seules d'ailleurs - qui ramènent à l'instar de Benida Merrah, championne olympique à Sidney, des médailles d'or et d'argent à l'Algérie.

En vérité, comptant sur le soutien des islamistes dit modérés du MSP (ex-Hamas) dans la perspective de l'élection présidentielle, le président Bouteflika a choisi, dit-on, de sacrifier l'avenir des femmes sur l'autel de son alliance avec les islamo-conservateurs. Il n'empêche : en Algérie comme en France, un mouvement dénommé Vingt ans ça suffit - par référence à l'adoption du Code de la famille en 1984 - est né. Sonia, la fameuse actrice de théâtre, a lancé officiellement la mobilisation, par la production d'une pièce de théâtre - Bilâa Zaaf (" sans colère ") - jouée entièrement par des jeunes, devant une forte assistance à Alger, et avec le soutien du RAFD (Rassemblement algérien des femmes démocrates). Une pièce qui sera jouée dans les principales villes algériennes. Mais pour l'heure, les Algériennes sont les grandes oubliées du prochain scrutin présidentiel.

H. Z., www.humanité.fr


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