Alger la Blanche

La presse en Algérie

La presse en Algérie bénéficie d'une relative liberté d'expression à comparer avec des pays comme la Tunisie ou le Maroc, mais rien à voir avec la liberté d'expression dont bénéficie la presse occidentale. Découvrez le dernier coup assassin du pouvoir contre la presse en Algérie :

Bouteflika confirme l'acte politique et menace

Après la suspension de six titres de la presse indépendante, le Président de la République passe à une étape supérieure : il menace de régenter l'expression des libertés avec la manière qu'il entend « fructueuse pour le pays ». L'homme saisit l'occasion de la commémoration des festivités du 20 août 1955, dans la wilaya de Skikda, pour annoncer que la pratique démocratique ne se fera pas désormais en dehors du cadre que fixera le Pouvoir politique. « L'Algérie reste attachée à la démocratie et aux libertés qu'elle emploiera dans de nobles objectifs », promet-il. Le message est clair : le chef de l'Etat est le seul habilité à arrêter la ligne de conduite que doivent observer les Algériens dans le contexte démocratique. Le locataire du palais d'El Mouradia prévoit, ainsi, une entreprise « de moralisation » de l'acte démocratique. Comment les autorités vont-elles procéder pour brider les derniers espaces de l'expression libre ?

A l'heure où nous mettons sous presse, rien n'a filtré, sauf cette information d'un des conseillers du Président qui a affirmé récemment qu'« il est temps de réfléchir sur les garde-fous nécessaires afin d'organiser de la meilleure manière possible le travail de la presse ». Cette annonce intervient au moment fort de la crise qui envenime les rapports entre la Présidence de la République et les plus importants quotidiens de la presse indépendante à l'origine de la publication d'une série de scandales incriminant Abdelaziz Bouteflika et ses proches collaborateurs. Au troisième jour de la suspension de six journaux décidée par le premier magistrat du pays, la haute autorité de la République ose un autre avertissement à l'adresse des journaux qui comptent rendre publiques éventuellement d'autres affaires scabreuses concernant des dignitaires du Pouvoir. En tout état de cause, cette sortie publique de M. Bouteflika a contribué à lever d'une manière officielle le voile sur les motivations de la mesure d'interdiction de parution qui frappe les six quotidiens précités.

La déclaration du chef de l'Etat confirme, on ne peut mieux, le caractère éminemment politique de cette décision. D'autant plus qu'il met les révélations rapportées par les journaux précités sur le compte de quelques clans qui tenteraient de lui disputer la place à la tête de la Présidence de la République en 2004 : « L'Algérie qui peine à se reconstruire n'a pas de temps à perdre face aux manuvres de groupes d'intérêts. » D'où la nécessité d'empêcher la presse d'intervenir dans ce débat et gêner, par ricochet, ses efforts de campagne pour s'assurer un second mandat. Pour lui, seul «le peuple algérien restera le maître et le décideur et tranchera, au moment opportun, en toute liberté et transparence », a-t-il martelé. Cela dit, l'épisode de la suspension des six journaux continue de connaître des rebondissements. Après le quotidien El Khabar, c'est au tour du journal Liberté de retrouver en principe ses lecteurs aujourd'hui. Les deux titres ont accepté de payer les imprimeurs malgré l'arbitraire qui entache cette procédure. « C'est une manière d'acculer et de mettre dos au mur les dirigeants politiques », ont indiqué, hier, quelques éditeurs concernés.

Nadir Benseba.


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