Rouiba - Séisme
Les habitants de Rouiba sous le choc Dans le quartier Drif de Rouiba, dans les décombres d'un immeuble de trois étages effondré mercredi soir 21 mai, le miracle a côtoyé la mort après le tremblement de terre. Latifa, une jeune femme d'une trentaine d'années, est extirpée des gravats par des sauveteurs de la protection civile algérienne aidés de volontaires du quartier de cette petite ville de la banlieue éloignée à l'est de la capitale algérienne. "Cette femme est une miraculée, vous la voyez, elle vit, on a mis une couverture sur ses pieds qui dépassent, mais elle parle aux sauveteurs qui devraient la sortir des décombres", souligne avec satisfaction, tout en esquissant un sourire triste, un habitant de ce quartier tranquille. A côté, son mari est mort, écrasé par le poids de l'armature en béton, qui a broyé cet universitaire de la faculté de Bab-Ezzouar, à l'est d'Alger.
"J'ai quitté mon appartement avec ma famille il y a une semaine", affirme un autre universitaire désormais en poste à Tizi Ouzou (110 km à l'est d'Alger) en Grande Kabylie. Professeur de linguistique, M. Nebti regarde avec tristesse les débris de son appartement qui se fond avec les autres. "J'ai perdu ma bibliothèque et les copies de mes étudiants. C'est important c'est vrai, mais mes sept enfants sont aujourd'hui vivants. Cela n'a pas de prix", admet-il.
Les maisons entourant ce petit immeuble abritant principalement des enseignants d'université sont toutes presque intactes, mais dans d'autres secteurs de Rouiba, on voit les traces du violent séisme qui a ravagé la région en quelques instants en début de soirée. Des façades ont perdu des plaques entières de brique ou de ciment, tandis que des quartiers entiers sont plongés dans le noir le plus absolu.
A quelques kilomètres de là, à Réghaïa, le miracle n'a pas eu lieu, un immeuble de 10 étages s'est écrasé en quelques secondes, se refermant sur ses habitants comme dans un immense tombeau, alors que d'autres immeubles tout autour sont restés totalement intacts.
Déjà, la rumeur enfle. "Pourquoi certains bâtiments s'écroulent et pas d'autres ?", questionne Ali, allant juqu'à suggérer que "les doses de ciment n'étaient pas bonnes" et qu'on aurait pu "gagner quelques millions" en jouant sur la qualité de la construction. Dans toute la ville, des habitants sous le choc ont passé la nuit à rechercher leurs proches dans les rues.
Devant un des hôpitaux, une rangée de corps enveloppés dans des draps. Dans les rues, de nombreuses femmes, entourées de leurs enfants, craignent de rentrer chez elles à cause des multiples répliques de la secousse principale. Jeunes et vieillards ont répondu à l'appel des autorités, participant aux efforts de recherche des survivants dans les décombres. Un travail rendu difficile en pleine nuit, dans une ville désormais privée d'électricité. Des renforts de policiers et de gendarmerie ont été largement déployés dans la soirée dans toute la région d'Alger, pour notamment éviter des pillages déjà signalés.
Le Monde Avec AFP et Reuters |