Séisme de Boumerdès: Une enquête est ouverte
Mohamed Nadir Hamimid, ministre de l’habitat, à Liberté “Une enquête est ouverte pour situer les responsabilités” suite à la catastrophe causée par le séisme de Boumerdès. Le responsable du secteur aborde ici les premières mesures arrêtées pour faire face aux effets de la catastrophe.
Liberté : Quatre jours après le séisme qui a endeuillé des milliers d’Algériens, quel premier bilan tirez-vous de cette catastrophe ?
M. Mohamed Nadir Hamimid : Il est encore tôt pour tirer un bilan et puis, c’est à l’Exécutif qu’échoit cette prérogative. Il y a une cellule de crise au niveau de la chefferie du gouvernement qui suit heure par heure l’évolution de la situation. Un dispositif a été mis en place et tous les rouages de l’État sont mobilisés.
Quelles sont les mesures arrêtées pour faire face aux effets de la catastrophe ?
Une évaluation est en cours d’élaboration en ce moment. Des brigades d’expertise ont été constituées au lendemain du séisme, composées d’ingénieurs du CTC, CGS, CNERIB, et des cadres techniques de l’État relevant de l’administration centrale sont à pied d’œuvre. Elles sont chargées d’établir un inventaire complet des dégâts engendrés par le tremblement de terre. La priorité des priorités est liée au lancement d’opérations de sauvetage et de secours. C’est fondamental. Puis, dans une seconde phase, nous procédons à une expertise afin d’assurer le citoyen. Cette évaluation nous permettra de catégoriser les dommages en fonction des risques. Les immeubles touchés seront, ainsi, classés en trois catégories. Les bâtiments qui porteront la couleur verte, ce sont ceux qui n’ont subi que de légères fissurations et quelques débris de plâtre et qui ne causent aucun danger. Les habitations peintes en orange ne présentent pas de gros risques ; en d’autres termes, elles peuvent être réoccupées après restauration et rénovation. Les constructions classées au rouge sont destinées directement à la démolition et à leur remplacement. Pour synthétiser, nous commencerons par des opérations de secours et de sauvetage, puis nous évaluerons les préjudices et nous prendrons enfin les mesures pour reloger les personnes concernées, restaurer les habitations touchées et remplacer celles appelées à être démolies.
Justement, quel est le nombre de logements dont vous disposez en stock pour le relogement des sinistrés ?
Nous disposons actuellement d’un stock de 3 000 logements pour cette opération. Nous allons mettre à la disposition de l’Exécutif 1 500 logements à Alger et 1 500 autres à Boumerdès. Sur directive du président de la République, ces appartements seront attribués aux vrais ménages sinistrés, pour leur recasement. Mais nous ne connaissons pas le nombre exact des citoyens victimes de la tragédie nécessitant un logement. Pour le moment, il n’y a pas de statistiques fiables.
D’aucuns estiment que les normes de construction ne sont pas respectées en Algérie…
La procédure de suivi de la construction existe toujours et n’est pas nouvelle. Tout le monde sait que, pour lancer un édifice, l’étude du sol est impérative. C’est sur la base des résultats de celle-ci que les études architecturales et techniques se feront. Les ingénieurs qualifiés, à qui on confie ces études, doivent calibrer les structures à réaliser et enfin l’ouvrage ou l’édifice à construire. Une fois le dossier technique élaboré conformément aux normes parasismiques, consacrées dans le Règlement parasismique algérien (RPA) qui date de 1981, après le séisme d’El-Asnam. Quand il s’agit d’un édifice public, il est soumis au visa du CTC. Dès que le dossier est visé, les travaux de construction sont lancés. Ces travaux sont suivis à trois niveaux. D’abord, le bureau d’études. Celui-ci doit assumer la responsabilité des travaux, vérifier la conformité de tout projet qui est sous sa direction. Ensuite, vient le CTC qui est l’organe de contrôle technique de l’État, chargé d’examiner la solidité des ouvrages qu’il devait réceptionner. Le suivi cible aussi les services techniques de l’État. Ces procédures qui ont été mises en œuvre depuis très longtemps ne sont pas nouvelles. Les dispositions ont été, donc, prises il y a longtemps. Si on respecte ce cheminement, il n’y aura pas de problèmes.
Maintenant, quand il s’agit de constructions privées qui ne sont pas réalisées conformément aux normes techniques, qui doivent répondre en cas de dégâts ? C’est d’abord celui qui a commandé les travaux auprès de l’entrepreneur. S’il a mobilisé un architecte et un ingénieur pour le suivi de sa construction, ce sont ces derniers qui seront interpellés. Il faut que l’opinion publique le sache. Nous allons décider de vérifier dans quelles conditions ont été réalisés les immeubles qui se sont effondrés. Il y a nécessité de déterminer les causes et de situer les responsabilités. Quand il s’agit d’écoles, de CEM, lycées, universités, logements sociaux ou promotionnels, nous suivons les organes de contrôle et les bureaux d’études.
Allez-vous imposer désormais le respect des règles parasismiques d’une manière systématique ?
Bien sûr. Écoutez, le RPA adopté au lendemain du tremblement de terre d’El-Asnam a été révisé après 10 ans, enrichi et approuvé par arrêté interministériel en 2000. Il est inspiré du RPA américain. Ces règles doivent être imposées au moins pour les structures qui accueillent le grand public, telles que les mosquées et les centres commerciaux. Il faut qu’on aille vers ces solutions. En outre, sur la base d’une construction réceptionnée, il faut imposer à l’entrepreneur de contracter une police d’assurance pour qu’il puisse répondre des dégâts et/ou des risques cachés.
Dans les nombreuses visites que vous avez effectuées dans plusieurs régions du pays, vous avez attiré l’attention sur ce que vous avez appelé l’“urbanisation sauvage”. Quelles mesures comptez-vous prendre pour enrayer ce phénomène ?
Si nous disposons d’instruments d’urbanisme, ils doivent servir à quelque chose. Ils doivent permettre d’orienter toutes les extensions urbaines.
Les études d’urbanisme nous renseignent sur la qualité de l’étude du sol sur laquelle une urbanisation est projetée. Dès lors que nous disposons actuellement d’un PDAU (plan d’urbanisme) et des POS (plan d’occupation du sol) au niveau des communes, nous sommes en mesure de projeter l’extension dans le cadre de toutes les études largement débattues, en concertation, par les élus locaux et la société civile au sein de ces communes.
Y a-t-il manquement aux normes parasismiques et aux règles de construction ?
Quand une structure est réalisée en conformité avec les normes parasismiques, en principe elle ne doit pas avoir de gros dégâts. Quand la structure n’a pas été étudiée pour faire face à cet aléa sismique, il est évident que des dégâts comme ceux que nous avons constatés se produisent. Si l’on prend le cas d’une villa qui s’est écroulée à Bab Ezzouar et qui a fait huit victimes, toutes de nationalité chinoise, alors que tout l’entourage n’a subi aucun dommage, c’est que, tout simplement, cette habitation n’est pas construite conformément aux règles requises.
Peut-on dire que les règles du système de contrôle des constructions ont montré leurs limites, dans le sens où des habitations fraîchement édifiées se sont effondrées alors que d’autres, toutes proches et plus anciennes, n’ont subi aucun dégât ?
Il y a une réalité sur le terrain. Nous sommes en train d’inventorier les dégâts.
Le président de la République a décidé d’ouvrir une enquête pour situer les responsabilités. Et ces responsabilités seront à coup sûr déterminées. Mais nous ne sommes pas encore à ce stade.
Compteriez-vous réglementer d’une manière plus stricte les conditions de délivrance du permis de construire, des qualifications des professionnels ?
Pour les architectes, il existe une organisation qui est l’Ordre des architectes qui donne son assentiment à tout architecte qui voudrait exercer ce métier. Il y a également une procédure d’agrément des ingénieurs qui doivent présenter au préalable un diplôme.
L’agrément est délivré par le ministère de l’Habitat. Toutes ces professions sont ainsi réglementées. Je me pose des questions. Est-ce que ces bureaux d’études doivent être interpellés ? Doit-on contrôler également tous les contrôleurs ? Quand une entreprise fait étude et réalisation, elle doit être, elle aussi, apostrophée ? La procédure de qualification existe.
Entretien réalisé par Badreddine Khris, Liberté |