Alger la Blanche

Une tente, s'il vous plaît

«Si on avait eu une tente après le premier séisme de Boumerdès, ma sur ne serait peut-être pas blessée », s'écrie ce jeune homme rencontré hier au stade de Zemmouri, 65 km d'Alger, où un camp de toile pour les sinistrés a été dressé au lendemain de la tragédie du 21 mai.

En compagnie de son plus jeune frère, ils servent d'appui à leur sur blessée au pied à la suite de la forte réplique de mardi et qui a conduit à l'effondrement de leur maison.

Celle-ci était déjà dangereusement atteinte après le premier séisme, mais cette famille a été contrainte de cohabiter avec le danger jusqu'à ce que la forte réplique de mardi l'eut obligée à sortir dans la rue. C'est précisément dans la localité de Ouled El Hadj que résidait cette famille, un lieu oublié des autorités et des aides qui affluent au chef-lieu de la daïra de Zemmouri dont elle n'est pourtant distante que de 5 km. « Depuis le premier jour, personne n'est venu nous voir. Nous ne savons pas à quel saint nous vouer pour réclamer une tente, chacun nous renvoie vers l'autre. Ils disent qu'ils prennent en charge les cas les plus graves. Le nôtre n'en est-il pas un ? Nous n'avons plus rien, que faut-il de plus ? »

Le même cri de détresse est lancé par les habitants d'une des cités de la ville, irrémédiablement atteinte par le séisme : « Nous ne comprenons pas pourquoi nous n'arrivons pas encore à avoir des tentes, alors que les dons étrangers affluent. Nous sommes dans la rue depuis mardi, à la suite de la forte réplique qui a fini par nous convaincre de laisser nos maisons. Nous sommes dans la rue et nous nous abritons à l'aide de plastique. » A quelques mètres seulement, nous avons rencontré une famille sinistrée de quinze membres qui a trouvé refuge chez des parents dont l'habitation a résisté aux deux coups.

C'est dans une parcelle du jardin de celui-ci que les parents, les enfants, dont deux mariés avec leurs familles, ont érigé une vieille tente de camping, en attendant le luxe d'acquérir une tente décente : « Depuis le lendemain du séisme, nous nous abritons sous un tas de draps et de couvertures, le soleil nous a brûlés. Le responsable du camp voisin nous a promis une tente, mais jusqu'à maintenant nous n'avons rien vu venir. Nous avons surtout peur pour le bébé de 6 mois d'autant que cette tente de fortune n'a même pas pu nous prémunir de la pluie d'hier soir. »
Selon le Chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, en visite hier dans la wilaya de Boumerdès, 8 387 tentes ont déjà été distribuées. Le même responsable, tout en reconnaissant l'existence d'une véritable « bataille » autour des tentes, a expliqué que celles-ci n'étaient pas distribuées aux individus, mais aux camps de toile dans le souci d'une meilleure organisation. Cette solution provisoire, a-t-il ajouté, devrait durer jusqu'au mois de septembre. Si une certaine confusion avait régné aux premiers jours du sinistre, celle-ci semble s'être accrue avec les conséquences de la forte réplique de mardi ayant grossi les rangs des sans-abri. Au niveau des sites où sont concentrés les sinistrés, à l'image du stade de la ville, l'organisation tente tant bien que mal de se faire. Alors qu'il n'existait au quatrième jour que quelques tentes, leur nombre a dépassé la centaine depuis. Dans l'une d'elles, une mère avec ses quatre enfants en bas âge se repose pendant que ces derniers s'amusent avec les objets qu'ils trouvent à leur portée. Elle ne s'y trouve que depuis mardi, obligée de fuir sa demeure endommagée par la forte réplique : « Heureusement que tout le monde est sain et sauf. Au départ, on m'avait dit que je n'avais pas droit à une tente, j'ai dû insister en leur montrant ma fille de 6 mois. Elle ne va tout de même pas passer la nuit dehors ! », leur ai-je dit. Les dons en tout genre continuent à affluer, principalement des particuliers, mais se pose le problème de leur distribution. En l'absence d'électricité et de moyens de conservation, les aliments périssables doivent être consommés au plus vite. La distribution ne se fait, par ailleurs, pas de manière organisée si l'on s'en tient aux propos de cette dame qui assure que jusqu'à 14 h, elle n'a pas eu droit, elle et ses enfants, même au petit déjeuner. L'un des organisateurs nous explique que les dégâts causés par la réplique de mardi au niveau du dépôt des dons ont quelque peu désorienté l'équipe assurant la restauration des sinistrés. Le suivi médical semble, en revanche, s'être renforcé avec la présence d'équipes japonaise, américaine, de l'Unicef Grâce à ce renfort, les blessures causées par la réplique de mardi (plus d'une trentaine de cas, essentiellement des fractures) ont été prises en charge sur place, exception faite pour les cas les plus graves, lesquels ont été transférés aux hôpitaux les plus proches. Cela étant, les risques d'une épidémie demeurent présents en raison de l'insalubrité des lieux, des débris et du manque d'entretien des sanitaires, explique un médecin japonais. Si bien que les cas de troubles respiratoires et les affections des yeux sont nombreux, face auxquels les traitements administrés sont basiques.

Mekioussa Chekir


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