Alger la Blanche

SONATRACH de 1963 à 2002 : Une société pas comme les autres.

Un des premiers actes du gouvernement algérien, au lendemain de l'Indépendance, a touché le secteur des hydrocarbures. Mais qui se souvient aujourd'hui de ce décret du 31 décembre 1963 par lequel l'histoire de Sonatrach a commencé ?

D'ailleurs, qui peut dire si les décideurs, à l'époque, mesuraient toute la portée stratégique de leur acte. Le pétrole et le gaz n'étaient pas encore à la base de tout en Algérie et, avant de devenir célèbre sous l'acronyme Sonatrach, elle fut d'abord une simple « Société nationale pour le transport et la commercialisation des hydrocarbures ». Son effectif ne dépassait pas, paraît-il, 33 personnes.

Le Pouvoir algérien avait-il l'intention, dès cet instant, de nationaliser les hydrocarbures ? C'est le Président Houari Boumediène qui, après les mines en 1966, a nationalisé les hydrocarbures en 1971.
Sonatrach n'avait pas attendu cette date pour prendre de l'envergure. En septembre 1966, elle devient la « Société nationale pour la recherche, la production, le transport, la transformation et la commercialisation des hydrocarbures ». Le 24 février 1971, Sonatrach est fin prête pour acquérir l'ensemble des biens étrangers nationalisés, assurer la continuité des opérations et commencer à développer toutes les activités liées à l'industrie pétrolière. En 1980, la Sonatrach a déjà les allures d'un géant qui emploie 100 000 personnes, à comparer avec les 33 de départ. Son sigle SH est omniprésent.

Les observateurs sont alors tantôt émerveillés, tantôt choqués par les audaces de Sonatrach et sa façon de gérer les activités annexes comme les uvres sociales, le logement, les sports, l'assistance médicale. Bien des anecdotes circulaient sur les boursiers de la Sonatrach envoyés à l'étranger pour étudier dans toutes sortes de disciplines, y compris celles qui n'avaient pas de lien avec ses activités.

Les cantines de SH étaient réputées pour leur menu de « luxe » par rapport aux autres sociétés nationales et on cherchait à utiliser tous les « pistons » possibles pour envoyer ses enfants dans ses crèches ou ses colonies de vacances. Aujourd'hui encore, les « couvertures » de presse des activités de SH sont les plus prisées par les journalistes, surtout quand il y a un déplacement dans le Sud. Rien de surprenant aussi à ce que les diplômés cherchent un emploi de préférence chez Sonatrach où un syndicat-maison, sans connotation péjorative, a réussi à y créer et à y maintenir une tradition de paix sociale.

Alors que nombre de sociétés nationales ont été déstabilisées par la bourrasque des premières réformes, Sonatrach a été épargnée par la restructuration des années 1980, sauvegardant son sigle et surtout sa place dans l'Etat algérien, même si elle s'est délestée de certaines de ses branches qui ont donné naissance à 17 entreprises « périphériques ». Pour son 30e anniversaire, en 1993, les P et T lui ont rendu hommage avec un timbre spécial SH.
Son effectif tombe, en 1996, à 28 000 personnes, mais le prestige est intact : SH édite une revue d'une qualité supérieure et ses agendas et calendriers sont les plus beaux. Sur la base de la loi du 19 août 1986 et de la loi du 4 décembre 1991, SH s'est associée à de nombreux partenaires étrangers.

Grâce à l'expérience cumulée depuis des décennies dans l'ensemble de la chaîne des hydrocarbures, SH s'offre un palmarès élogieux dans son bilan de 1997 : elle est classée 11e compagnie pétrolière dans le monde, 1re en Méditerranée et 4e plus grand exportateur de gaz naturel dans le monde et 2e pour le GPL. En 1997, les recettes d'exportations qu'elle a réalisées ont été de l'ordre de 13,2 milliards de dollars.

Le 24 janvier 1998 correspond à un important tournant dans la vie de cette entreprise. Ce jour-là, le Conseil national de l'énergie, réuni sous la présidence de Liamine Zéroual, Président de la République, décide de relooker Sonatrach en modifiant ses statuts. A présent, c'est une société par actions, mais son capital reste entièrement détenu par l'Etat et « inaliénable, insaisissable et incessible ». Le Conseil national de l'énergie veut adapter Sonatrach aux nouvelles données du marché des hydrocarbures et faciliter ses activités de partenariat avec les compagnies étrangères. Au passage, elle récupère dans son giron sous forme de filiales, trois entreprises, où SH détient 100 % du capital, et cinq autres où elle en détient 51 %.

SH est toujours le principal instrument de l'Etat et même, aux dires de ses dirigeants, « un instrument de la souveraineté nationale ». Qui aurait pensé que l'on puisse aujourd'hui s'interroger sur son sort et penser qu'elle serait, elle aussi, « privatisable » ?

C'est vrai que pour mener à terme ses ambitions de grand groupe pétrolier international, SH a besoin d'un montant d'environ 20,7 milliards de dollars, dont 60 % en devises, pour la période 1999-2003 pour mener à bien son programme d'investissement en Algérie. L'Algérie continue à exiger beaucoup de SH : répondre aux besoins présents et futurs du pays en matière d'hydrocarbures, participer par les exportations d'hydrocarbures au financement du développement national et être un outil d'intégration et un pôle d'entraînement pour le reste de l'économie nationale. Apparemment, SH s'en sort pas mal. C'est Chakib Khelil, ministre de l'Energie et des Mines, qui est P-DG de la Sonatrach, comme pour faire ressortir le lien entre l'Etat algérien et sa société phare.

F. L.


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