Agitation et Impasse en Kabylie
Un nouveau rapport ICG publié aujourd’hui en français, L’Algérie: Agitation et Impasse en Kabylie, explique que la protestation massive et la violence qui ont éclaté en Kabylie depuis le mois d’avril 2001 sont bien plus que de simples troubles locaux ou ethniques.
Le fait que l’agitation du Printemps Noir de Kabylie ne se soit pas encore dissipé reflète l’incapacité du système politique à adopter des réformes qui comblent le déficit de la représentation démocratique. L’invitation récente lancée au mouvement de contestation «Coordinations» par le nouveau chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, à engager un dialogue concernant sa plate-forme est un progrès encourageant, même s’il en faudra plus pour permettre au système politique algérien de résoudre ce qui est également un problème national. Pour sortir de l’impasse, le pouvoir, les partis politiques kabyles et le mouvement de protestation populaire connu sous le nom des «Coordinations» doivent tous reconsidérer leur stratégie et leurs objectifs.
Le mouvement des «Coordinations» doit abandonner le recours à la violence afin de regagner l’initiative morale et le soutien du public. Il doit renoncer à empêcher les élections de se dérouler, doit se détacher clairement des Kabyles régionalistes et des sentiments communautaires, et se concentrer sur des objectifs réalistes et réalisables. Il faudrait aussi établir de contactes avec d’autres mouvements et associations de la société civile et inviter les dissidents à réintégrer le mouvement.
Le Directeur du projet Afrique du Nord Hugh Roberts affirme: «Les faiblesses du mouvement sont en partie responsables de son incapacité à s’étendre en dehors des limites de la Kabylie et à atteindre ses objectifs principaux. Son échec représenterait un terrible gâchis pour toutes les énergies et bonnes intentions qu’il avait réussi à mobiliser. Les «Coordinations » doivent reconnaître leurs erreurs et prendre une nouvelle direction si elles veulent contribuer à une dynamique démocratique dans le pays.»
Le pouvoir et les partis politiques kabyles sont aussi largement responsables. Débordés par les « Coordinations », des partis politiques kabyles ont réagi en projetant leur propre rivalités politiques sur le mouvement. Le pouvoir, paralysé par les divisions internes et la résistance au changement, n’est pas parvenu à réagir de manière efficace aux revendications légitimes, contribuant ainsi à la dégénérescence du mouvement qui, par son radicalisme intolérant et irréaliste, s’est aliéné la sympathie du public.
Le Directeur du programme Moyen Orient et Afrique du Nord Robert Malley note que le conflit en Kabylie « reflète le problème fondamental qui afflige l’Algérie depuis son indépendance: l’absence d’institutions politiques adéquates permettant la représentation régulière des intérêts et l’expression pacifique des griefs. Le président Bouteflika a réussi en partie à réduire la rébellion islamiste, à rétablir la position de l’Algérie au niveau international et à redresser les finances de l’état. Il est maintenant temps de traiter le problème du déficit de le représentation démocratique, dans l’intérêt de l’état algérien et des Algériens.»
Le gouvernement algérien devrait reconnaître publiquement que le mouvement des «Coordinations» de Kabylie a soulevé des préoccupations légitimes, et confirmer son invitation récente à entamer un dialogue avec le mouvement afin d’adresser leur revendications, en particulier l’indemnisation des victimes des répressions ainsi que le châtiment des gendarmes et des autres membres des forces armées coupables de violations des droits de l’homme. Le pouvoir devrait aussi s’engager à promouvoir les investissements et relancer l’économie de la région. Une des priorités pour le gouvernement serait de renforcer les diverses assemblées élues afin de permettre aux représentants de la population d’avoir un gouvernement responsable.
Source : Algeria Watch |